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Témoignage, « Les derniers hommes libres »…

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Notre métier de photographe n’est plus ce qu’il était certes, nous le déplorons trop régulièrement sur ce site… Il reste heureusement de ces petits moments magiques et rares, par exemple celui ou l’on découvre ses images, achetées et publiées par une revue prestigieuse ou dans un beau bouquin. De ces moments précieux, qui vous regonflent et vous donnent envie de ne pas tout laisser tomber.

Derniers_hommes_libres C’est après 35 minutes d’attente à la Poste en grève, ou j’ai pu assister à des scènes pathétiques que je vous laisse imaginer (un seul employé au bord de la dépression, affrontant une tribu de contribuables énervés, agitant leurs reçus de recommandés comme des sagaies ;-) C’est donc après 35 minutes entre amusement et exaspération disais-je ( ! ) que j’ai enfin pu déballer et parcourir cet imposant ouvrage : Les derniers hommes libres (en pleine rue des Abbesses, ne pouvant patienter jusqu’à être de retour à la maison)…

Préfacé par Nicolas Hulot, ce très intéressant bouquin auquel j’ai eu la chance de contribuer, présente les dernier Hommes libres (la couv est superbe) : une vingtaine de tribus vivant au cœur de la nature, isolées de notre civilisation dans un équilibre fragile risquant à tout moment d’être bouleversé… Zo’es, Kayapos, Yanomanis, Wayanas, Himbas, Bushmens, etc… et les Bataks des Philippines (pour les pages qui me concernent). Des peuples encore libres, oui. Mais condamnés à court terme (cette interprétation pas forcément politiquement correcte, n’engage que moi, pas les auteurs de l’ouvrage)…

Batak_femme_et_bebe_big Lorsqu’elles sont publiées, ce ne sont pas forcément les photos les plus spectaculaires qui font le plus plaisir à leur auteur… En l’occurrence, ces images des tribus Batak que j’avais réalisé aux Philippines dans les années 90, n’avaient jamais été publiées.

Et je n’avais même jamais imaginé les montrer à qui que ce soit (c’est le cas de 80% des images que j’ai réalisé depuis 15 ans – l’autocensure est la pire des censures). Elles n’avaient pas une chance sur 1000 de connaitre une autre lumière que celle de ma table lumineuse, qui ne s’allume plus qu’une ou deux fois par trimestre (les archives argentiques sont vouées à l’oubli, faute de temps ou d’argent pour les faire scanner)…

Des années de pige et de fréquentation des iconographes et des services photo (de VSD au Figmag en passant par Geo ou Femme Actuelle) vous font aller à l’essentiel et vous apprennent à ne pas perdre votre temps, à tenter de vendre des photos « invendables »… La vie de pigiste vous apprend qu’à défaut de sujets « visuels » (qui en jettent), les mensuels et les hebdo n’achètent que les sujets « dans le vent », qui ont étés « déjà vus à la TV » (c’est bien triste mais c’est la plus stricte vérité)… De plus, un sujet ne passera jamais sans la fameuse « double d’ouverture » qui faisait les belles heures de VSD (vu à la télé ou pas)… J’écris « faisait », car je suis certain que cette recette de la presse magazine « haute en couleurs » est plus ou moins éventée, à l’heure d’Internet nos goûts et notre « appétence » de photo ont beaucoup évolué.

Batak_mere_enfant-Modifier_web_1000px Et dans le cas présent, j’étais très loin d’avoir le dixième de cette fameuse « double d’ouverture » : mes photos des Bataks étaient donc condamnés à dormir indéfiniment au fond de mes archives (pas si grave), pendant que le peuple Batak s’éteignait misérablement (c’est plus dramatique), oublié au fond de la jungle de Palawan…

Atteint pour 70% d’entre eux de paludisme et de mal nutrition, il ne resterait plus qu’une centaine de représentants du peuple Batak (300 dans les années 70)…


Et lors de mon dernier voyage aux Philippines en 2006, lorsque j’ai
voulu retourner à l’endroit ou je les avais rencontré quelques années
plus tôt… On m’a dit que je ne les y trouverais pas ici. Si ça vous concerne, quelques infos
sur les Bataks :

Batak_native_big Les quelques photos qui illustrent le chapitre consacré au peuple Batak, ne sont donc que d’assez mauvaises diapositives (plutôt mal scannées), volées dans l’obscurité de la jungle dans des circonstances inconfortables. Rien de très visuel (à l’exception de la jeune mère enceinte ci-dessus). En tous cas, rien de dépaysant qui donne envie d’aller y tourner une émission du genre Koh Lanta ou Rendez-vous en Terre Inconnue (de ce côté là les Bataks ne risquent vraiment rien)…

Des images qui n’intéressent personne donc. Et qui ne sont que le témoignage d’une condition humaine libre (certes), mais relativement misérable. Je vous rassure le reste de cet ouvrage est illustré d’images bien plus belles que celles du chapitre des Batak (qui n’ont de sens qu’en face du texte très intéressant).

Anecdote dramatique en passant : on me raconta que cette femme (à droite), photographiée boitant de retour de la chasse, flèches et sarbacane à la main, venait de se faire mordre par un serpent. Et qu’elle décéda brutalement le lendemain de notre visite… Pas certain que beaucoup d’entre nous soient prêts à échanger leur vie d’hommes du 21em siècle (même avec les grèves de la Poste et du RER), avec celle des « derniers hommes libres ». Ce qui permet de se poser la question du statut et de l’évolution de ces peuples vers « plus de civilisation ». Vaste question, à laquelle il est bien ambitieux de tenter d’apporter des réponses…

Il faut croire finalement, (qu’aussi sombres soient-elles) ces quelques images se soient avérées suffisamment précieuses, pour que les auteurs du livre soient arrivés jusqu’à moi… Je les en remercie, en espérant que cela serve aussi à faire connaitre le drame que vivent les Batak et plus généralement les derniers peuples libres (si tant est, qu’on puisse vraiment les appeler ainsi)… A noter que tout cela n’aurait été possible sans Google et iView Media Pro avec lequel j’avais appliqué (sans réelle conviction) quelques mots-clefs à ces scannes il y a presque dix ans.

Batak_cases_2-Modifier_web_1000px Pour conclure je vous recommande donc ce livre bien documenté et richement illustré qui est très intéressant tout en restant agréable à lire…

Les derniers hommes libres éditions du Toucan 28,40 € (raisonnable vu le format et le papier).

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18 commentaires

  1. merci, c’est cool ! Je dois dire que je suis bien content d’avoir découvert ce bouquin aujourd’hui
    (même si je vais encore passer pour le râleur de service, en me relisant)… C’est vrai que ce métier fout le camps ! Mais putain, c’est un sacré beau métier quand on a la chance d’en vivre.

  2. oui, ton post m’a fait remonté pas mal de souvenirs de cette époque où moi aussi je courrais dans les couloirs des salles de rédaction des magazines. Je voyais les tête sortir des bureaux quand ils entendaient ma valise à roulettes, et j’entendais, « tiens, voilà le Courteau, alors d’où tu rentres cette fois? »
    Oui, ben c’est fini. Fini « les doubles d’ouverture chez VSD », fini les « il nous faut un angle », fini les « tu nous fais un bon de dépôt »…, fini les « bon ben on se voit le mois prochain » pour le sujet truc ou machin…
    Maintenant c’est une couv et une double de f*t*lia.
    Bah, c’est fini… on fait autre chose. Mais entre temps, les peulples libres crèves.
    Pour ma part, les bushmen, je sais que c’est mort. Je ne l’ai pas feuilleté le bouquin, je ne sais pas qui a fait les images des Bushmen, je vais regarder ça. Mais eux aussi sont foutus.
    Par contre, quand la tribu de « la Poste » sera menacée, j’irai pas les défendre…

  3. ARGGHH !!
    Bonjour les fautes de participe passé et même des « S » à la place d’ENT. Impardonnable (si, j’ai pas encore eu le temps de prendre mon café).
    JF faudrait vraiment qu’on puisse revenir éditer son post pour les fautes ! ON écrit toujorus trop vite!!!

  4. C’est aussi ça la liberté !
    Sinon, le contraste entre la guère tribale au guichet et le contenu du bouquin (que j’y ai récupéré) a été… fulgurant ! C’est la que je me suis dit que le vernis de la civilisation n’était pas trop épais et que quelques évènement (minuscules à l’échèle historiques) sufiront à nous faire retourner d’où nous venons (ce que je ne souhaite pas)…
    Au fait, courrez voir La route film tiré d’un roman dont je parlais ici :
    http://www.macandphoto.com/2008/03/la-route-aprs-l.html
    Stupéfiant, remuant, exceptionnel ! Juste un excellent « mauvais moment » à passer… A ne manquer sous aucuns prétextes.

  5. Ha non, je ne pourrai pas voir ce film. A partir du moment où je vois un gamin dans la peine, souffrir, etc, je ne peux pas. Je ne sais pas si c’est parce que je suis un papa sensible, mais pour moi, je ne supporte plus de voir un enfant souffrir au cinéma… Sans doute parce que justement j’en vois trop sur le terrain (et je parle même pas des infos)…
    Trop sensible sans doute sur ce point particulier des enfants.
    Mais je pense que c’est un bon film si j’en crois pas mal de critiques.

  6. JF, je trouve parfois tes posts un peu pontifiants (parfois) mais je trouve celui-ci très touchant. Merci pour le partage et merci de nous faire toucher du bout de l’œil ces tranches d’existence.

  7. ushuaia … les derniers hommes libres !
    Rien que l’association de ces deux expressions me fait frémir.
    Moi je n’achèterai pas ce livre. Même si les photos sont sublimes.
    Ras-le-bol des Hulot et autres YAB.
    J’ai pas les mots pour le dire mieux, j’espère que quelqu’un développera ce que je ressent à ma place !

  8. Hulot, YAB, Cousteau, Tazief, etc, tous sont ou ont été criticables, à des degrés divers. Mais reconnaissez au moins, que sans eux, des centaines de millions de gens ne sauraient même pas ce qu’est une baleine, un parc national, un volcan, un écosystème, l’Amazone, une île, le corail, la pollution, la déforestation, la surpopulation, la pauvreté, la beauté d’un volcan ou d’une rizière, d’un marais, d’un fleuve, etc etc etc.
    Pauvres de vous qui ne savez pas faire la part des choses. Sans ces gens pas forcément fréquentables peut-être, sans leurs images, sans leur machine à communiquer, la situation actuelle serait bien pire, car l’opinion publique n’aurait absolument AUCUNE conscience de ce qu’est la conservation des espèces, des espaces, de l’environnement. Même s’il reste bien du chemin à parcourir et que, bien sûr, l’opinion publique ne fait pas tout, on l’a bien vu à Copenhague, au moins, il reste la pression populaire qui finira par l’emporter. restons optimistes. Les choses ne se font pas en un jour.
    Marre de YAB et Hulot à la télé, ben il te reste toujours Bigard si tu veux.

  9. Oui bien sûr, la conscience écologique c’est une marque déposée par cette bande de tartuffes !
    Bien sûr, sans eux, nous pauvres veaux ne nous serions jamais ouvert les yeux, puisque nous n’avons AUCUNE conscience de l’environnement.
    Comment tu dis déjà ?
    « Pauvres de vous qui ne savez pas faire la part des choses ! »
    Ah oui voilà c’est ça !

  10. Merci Christophe pour cette remarque pleine de bon sens ! Tu as 200% raison, sans eux, tout le monde s’en balancerais des glaçon qui fondent et des poissons qui disparaissent ! ET ceci quelques soient leur motivations, (peu importe leurs motivations, qu’elles soient altruistes ou pas) : l’important c’est qu’ils contribuent (un peu au moins) à faire bouger les lignes et à faire (un peu) évoluer les consciences…
    Attention toutefois : la « bonne conscience » est un piège diabolique. Trier ses déchets ne sera pas suffisant…

  11. Merci Jean-François pour cette remarque pleine de bon sens ! ;)
    Peu importent les motivations ?
    Parce que tu crois que se faire financer par les plus gros pollueurs pour expliquer au peuple que lui homosapiens pas bon, lui responsable, lui doit arrêter le robinet en se lavant les dents, tu crois pas que le peuple a un tout petit peu l’impression qu’on le prend pour un con ? Tu crois pas que les gens font finir par en avoir ras le cul des discours écolo ?
    Moi je crois au contraire qu’ils sont sciemment antiproductifs. Sciemment ils écartent le capitalisme du sujet pour nous bassiner leur soupe, parcequ’ils sont payés pour !!!
    Vive le développement durable avec Ushuaïa ! Achetez la bonne vaseline Ushuaïa !
    Vous êtes désespérants. Je suis désespéré parceque vous semblez y croire vous-même.
    Bonsoir

  12. Ben les multinationales… c’est nous ! Indirectement c’est nous ! Oui, nous sommes collectivement responsables (nous et les générations précédentes).
    Les industries polluantes (énergie, transport, informatique, agriculture, pêche) : c’est nous, c’est pour NOTRE confort, NOS frigidaires, NOS repas (avec de la viande à tous les repas par exemple)… Oui, NOUS sommes responsables ! Collectivement. Le Capitaliseme : c’est nous… Ce sont des générations de consommateurs (et de citoyens) qui l’ont inventé et NOUS qui en profitons. Et ce sont d’autres qui paieront les pots cassés…
    Si nous ne conduisions plus de voitures (d’un coup), cessions d’acheter de l’essence ou des médicaments, cession de travailler : il n’y aurait plus d’industries polluantes (faute de débouchés)…
    Sauf que (oui, je sais), nous ne pouvons pas arrêter de consommer du jour au lendemain (oui je sais, nous sommes pris dans la ronde).
    Donc je ne suis pas d’accord avec toi pour « déresponsabiliser » les citoyens (qui sont aussi les consommateur) !
    S’il existe des industries (polluantes ou pas) : c’est parcequ’il existe des consommateurs… qui sont aussi les salariés de ces industries et du système (salariés qui sont bien content d’y travailler pour pouvoir consommer. Ect)…
    Ce qu’il faut changer c’est tout le système. Oui, mais comment ? ET par ou commencer ?

  13. Ah merci au moins on peut discuter sur ce sujet. Laissons les tartuffes de côté pour le moment.
    Mon discours n’est absolument pas de déresponsabiliser qui que ce soit, mais je trouve un peu fort de café que ce soient les copains à Sarko qui nous donnent des leçons. Passons, on y reviendra.
    Effectivement ce qu’il faut changer c’est notre propre comportement. Je m’égosille quotidiennement pour faire comprendre que la décroissance et l’autonomie sont les seuls remparts qui soient à notre portée, et qui sont à même de changer les choses.
    Comment ? Par où commencer ?
    Passer aux toilettes sèches est un premier pas important, parceque c’est une vraie révolution dans nos propres comportements, dans notre quotidien intime. Et je sais à quel point c’est un changement dans nos idées reçues, et je sais à quel point les gens ne se rendent pas compte de l’ampleur de cette révolution. On entre pour la première fois dans un cercle vertueux : ce que je prends à la terre, je le redonne pour lui permettre de produire à nouveau, …
    En appart’ évidemment c’est plus compliqué. Mais j’en connais qui le font !
    Après, chaque geste de consommation s’accompagne d’une réflexion sur la manière de rejeter : emballages, … tout y passe. Et comme la phyto-épuration accompagne les toilettes sèches, ben on abandonne tous les produits d’entretien, javel, champoing, gel douche, etc… pour revenir à un produit basique : le savon !
    La deuxième chose pour moi a été de foutre en l’air cette putain de télé. Elle m’a par exemple évité de me faire bourrer le crâne à propos des vaccins (vaste sujet que je laisse de côté aussi, mais tout se rejoint).
    Ensuite, on se préoccupe de l’énergie électrique. Avec quelques amis, nous organisons des stages d’auto-construction d’éoliennes (Piggott), où l’on apprend à tout faire, y compris le bobinage et les pales, et où on se rend compte que quand c’est simple tout est à notre portée, c’est du palpable. Et puisqu’on se passe de l’énergie nucléaire, on réduit son pouvoir et ses lobbies.
    Puis on apprend qu’avec 20 000 euros en poche on peut construire une maison en paille, qui est d’un rendement écologique imbattable puisque inerte. Un stage de construction de maison en paille porteuse est prévu en 2010. Ecolo et à la porté de tous. On compare avec Borloo ?
    Ensuite viennent les circuits courts : mise en place d’une AMAP, d’un SEL, de groupements d’achats, bref s’allier avec les paysans qui en bavent des ronds de chapeau ! Je ne sais pas comment être utile au paysan de l’autre bout de la planète, mais les problèmes de mon voisin sont à ma portée !
    Et quand on est dans tous ces mouvements, c’est intarissable : les contacts se multiplient, les idées fusent, on rencontre un type qui recycle les huiles de resto pour alimenter sa voiture, … le cercle vertueux ne peux pas s’arrêter.
    Vous me croyez si je vous dit que ni Nicolas Hulot ni YAB ne nous ont donné l’idée ?
    YAB, j’ai voulu voir son film, j’ai abandonné au bout de 5 minutes de pub, heu je veux dire de présentation des sponsors. Bordel, vous êtes à ce point habitués pour ne pas trouver ça abject et puant ???
    Par pitié, arrêtez d’idolâtrer ces connards et mettez vous au travail, pour vous-mêmes !
    Et pardon pour la colère, j’aime bien ton site, et je poste plus souvent pour mes réactions épidermiques que pour dire le bien que je pense du site. Mais quand-même, c’est pas parceque tu as participé au bouquin que tu dois fermer les yeux sur le logo puant qui l’accompagne !

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