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Quatrième lettre de Madagascar…

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BILLET PREC.
BILLET SUIV.

Alors que la situation vient de basculer (lire ici), voici une quatrième lettre de notre correspondante à Madagascar, qui travaille la-bas dans une ONG (relire ses lettres 1, 2 et 3).

 » Voilà près d’un mois que je ne vous ai pas envoyé de nouvelles de la situation à Madagascar. D’une part parce que j’étais occupée (en congés puis en retour de congés) et d’autre part parce qu’il devient vraiment difficile de comprendre ce qu’il se passe sur la grande île. Je vais essayer de résumer. Ceux qui sont plus informés que moi pourront compléter.

Dans les dernières nouvelles que je vous avais donné, le bras de fer était assez équilibré. Chaque protagoniste avait certaines bonnes raisons d’avoir le dessus sur l’autre. L’issue de la crise semblait vraiment difficile à imaginer face à ce statu quo. Des négociations avaient été entamées afin de trouver une sortie de crise calme et constitutionnelle.

Puis le toujours Président Ravalomanana, et l’ancien Maire Andry TGV se sont empressés de déterrer la hache de guerre, le plus vite et le plus fort possible. Guerre de communication, nouvelle fermeture de la radio de l’opposition, rassemblement de l’ensemble de l’opposition derrière Andry, reprise des ministères occupés par les nouveaux ministres de l’opposition par la force, etc. Le bras de fer s’intensifiait, la balance penchant de plus en plus d’un coté, puis de l’autre. La crise empirait, s’enfonçait, lentement mais sûrement.

C’est là que des ultimatums ont commencé à être donnés. D’abord par l’Union Africaine qui devait organiser un sommet à Tanà en juin. Ravalo devait calmer la situation avant la fin de cette semaine, sinon le sommet était annulé. Il a alors employé tous les moyens possibles pour éliminer l’opposition. Interdiction de se rassembler, essais d’arrestation d’Andry, interpellation de tous ceux qui ne semblaient pas être de bons petits citoyens pro-Ravalomanana, emploi des forces de l’ordre partout ! Puis une partie de l’armée (une grosse partie) s’est mutinée.

Ils ont décidé que ce n’était pas leur rôle de déranger leurs concitoyens, et qu’ils n’obéiraient plus aux ordres du plus ou moins Président. Ils ont à leur tour donné 72h pour que la situation redevienne calme, sinon ils mettaient en place un gouvernement militaire de transition.

Ces deux ultimatums sont arrivés à échéance, mais la situation n’est pas du tout redevenue calme. La tension est encore montée. Les pillages ont repris de plus belle. La liste des morts tués par balles perdues (ou non) s’allonge. Tout le monde s’affronte ouvertement dans les rues de Tanà. Il y a deux armées, celle qui suit les ordres du gouvernement encore en place, et celle des mutins.

Les nouvelles des derniers jours, et encore plus celles d’aujourd’hui laissent à penser que Ravalo est en train de perdre le bras de fer. Sa famille est partie se réfugier à l’étranger. La primature a été prise ce matin par l’opposition. Il y a de plus en plus de personnes et d’entités qui demandent sa destitution Des opposants un peu plus sérieux et crédibles qu’Andry rallient le mouvement. Et même la France, qui fait une fois de plus preuve d’ingérence, a soutenu Andry cette semaine.

La crise est entrée dans une phase dangereuse à Tanà. Au moment même ou je vous écris, les deux camps sont en plein meeting a Tana. D’un cote les partisans d’Andry soutenu par tous les politiciens qui le suivent (ou le poussent). D’un autre coté les partisans de Ravalo réunis autour du Palais présidentiel pour le protéger. Un dernier ultimatum de 4h vient d’être lancé par l’opposition pour la démission de Ravalo. Un nouveau bain de sang pour la fin de l’après-midi ? A partir de quand parle-t-on de guerre civile ? Est-il possible qu’une guerre civile éclate dans un pays comme Madagascar ?

L’Allemagne et les Etats-Unis ont commencé à évacuer leurs ressortissants. L’Union Européenne menace de geler ses financements, y compris ceux en cours (c’est-a-dire y compris ceux qui font vivre mon équipe et nos projets).

Mais pour moi, tout va toujours bien. La situation est toujours calme, voire encore plus calme qu’auparavant dans mon sud. Le couvre feu a été levé. Je trouve de nouveau de l’huile, et même du fromage et du beurre. Nous faisons des réunions pour réviser notre plan de sécurité, et s’accorder sur les démarches à suivre si la situation empirait dans notre zone. Je me prépare psychologiquement à l’évacuation, même s’il y a très peu de chances qu’elle ait lieu. Et je me fais enfin une raison à aller chercher mon futur boulot ailleurs que sur la grande île…

Je rentre au pays au plus tard le 9 juillet prochain (fin de contrat au 30 juin puis quelques jours de vacances). Mon billet est réservé.

Merci encore une fois à tous ceux qui m’ont écrit ces derniers temps. Je n’avais jamais reçu autant de mails ! Çà fait plaisir de voir que certains s’intéressent à autre chose que ce qui se passe au bout de leur jardin.

BILLET PREC.
BILLET SUIV.

9 commentaires

  1. J’ai survolé Mada mercredi dernier, et vu du ciel tout m’a paru calme.
    Plus sérieusement, je suis étonné par le bordel que foutent les politiques là bas alors que comparé à de nombreux autres pays africains, c’est tout de même un endroit pas si désagréable que ça.
    Le Président a proposé un référendum et cela me semble être une bonne idée.

  2. Les rapports politiques malgaches sont complexes, surtout quand les intérêts s’en mêlent. Ravalomanana a fait pression de la même manière pour faire valider son élection et la guerre civile qui a précédé son avènement était sans commune mesure avec ce qu’il se passe aujourd’hui.
    le président actuel n’est pas un ami de la France qui a soutenu à l’époque la dictature de Ratsiraka. De plus, la Chine a fortement assis son influence, comme dans toute l’Afrique et l’océan Indien. Les américains avec de nombreuses associations caritatives étendent leur implantation et l’apprentissage de l’anglais. Voilà pourquoi, la France s’immisce dans les affaires malgaches. De plus, l’ethnie de Ravalomanana, les Mernes, est d’origine indonésienne (TGV aussi d’ailleurs). Ce qui a fait dire au président actuel que les relations devait se faire naturellement avec l’Asie et non avec l’Europe. La France ancien colonisateur de Mada voit ainsi son influence diminuée dans la zone, tout comme la francophonie.
    Il y aurai un vieux contentieux d’affaires entre les deux hommes. Un ami publicitaire de Ravalomanana aurait obtenu le marché de l’affichage publicitaire sur Tana. Andy, publicitaire aussi, a bien fait des recours mais les a tous perdus.
    Bref, c’est pas simple car beaucoup de l’ancien régime et les dé!us de Ravalomanana se retrouvent au coté du peut être futur président lequel selon laconstitution devrait avoir 40 ans pour accéder au titre, il n’en a que 34…

  3. La France ancien pays colonisateur perd de l’influence dans le monde entier notament en Afrique ou il a souvent soutenu des dictateurs.
    C’est le juste revers de cette politique monarchique

  4. Je ne comprendrais jamais pourquoi les pays d´afrique passe leurs temps, excuser l´ expression, a ce foutre sur la gueule.
    Mince, ils ont deja pas assez de probleme comme cela ?

  5. Ravalomanana a démissionné ce mardi 17 mars 2009 et passé ses pouvoir et ceux du premier ministre à un directoire de l’armée; Clap de fin.
    Les bandes de pillards vont se remettrent à l’ouvrage :o(

  6. Oui, Noel, ce sont aussi les dernières nouvelles de mon frère qui se trouve là-bas.
    Déjà, lundi, l’armée avait pris les choses en main et traquait le président.
    Pas trop tôt que ce soit réglé.
    Clap de fin pour encore 7 à 10 ans. Jusqu’à ce que le nouveau présido-dictateur vienne à oublier la misère du peuple et se trouve à son tour renversé…

  7. j’ai compris qu’il comptait organiser des élections d’ici 2 ans. Pourquoi autant de temps?
    On n’est pas en Côte d’Ivoire, ou cela fait depuis 4 ans qu’on attend des élections

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